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Cours de master et séminaires de recherche

Cours de master et séminaires de recherche


Humanismes et antihumanismes dans la philosophie française d’après-guerre - Giuseppe AL MAJALI - Tristan BARBEROUSSE

S1 – Lundi 16h-18h – Résistants

 L’objectif de ce cours est d’interroger la tension entre humanisme et antihumanisme propre à un moment de la philosophie française d’après-guerre, et ce, depuis un double point de vue. Le premier axe du cours s’intéresse aux effets des sciences humaines, et notamment de l’anthropologie, sur les réflexions philosophiques à propos de l’homme. Nous suivrons une ligne de frontière entre anthropologie et philosophie suggérée par l’anthropologue Viveiros de Castro (cf. Métaphysiques Cannibales, 2009) qui définit, d’une part, sa propre recherche comme une réécriture deleuzienne des Mythologiques de Lévi-Strauss et, d’autre part, celle de Descola comme une réécriture foucaldienne de La pensée sauvage de Lévi-Strauss. Nous repartirons alors de la proposition lévi-straussiennne d’un « nouvel humanisme » ethnologique, concomittante d’un projet épistémologique de « dissolution de l’homme », qui prend sa forme philosophique la plus aboutie dans le débat avec l’existentialisme de Sartre. Dans un second moment, nous suivrons les déclinaisons philosophiques du motif antihumaniste dans sa reprise par Foucault et par Deleuze, en soulignant leurs différences respectives. Enfin, nous nous pencherons sur l’anthropologie contemporaine pour analyser la manière dont des auteurs tels que Descola ou Viveiros de Castro renouvellent cette question dans un dialogue explicite avec la philosophie. Le second axe du cours concerne plutôt l’héritage heideggérien du problème de l’homme dans la philosophie française des années 1970-1980, qui se manifeste principalement dans l’œuvre de Derrida. Pour aborder ce problème dans toute sa complexité, nous procéderons en trois temps. Tout d’abord, nous étudierons la Lettre sur l’humanisme de Heidegger, qui explique que traduire Dasein par « réalité humaine » est un contresens. Ensuite, nous analyserons « Les fins de l’homme » (le texte ainsi que le colloque de Cerisy autour de ce texte) de Derrida pour tenter de comprendre l’ambigüe « relève » de l’humanisme qui se joue malgré tout chez Heidegger. Enfin, nous approcherons Le principe anarchique de R. Schürmann qui tente de penser une éthique après et avec Heidegger. Éventuellement, nous ferons un excursus par la réception de Ricoeur de la question du sujet chez Heidegger, en étudiant brièvement l’anthropologie philosophique qu’il contre-propose. Au fond, ce second axe du cours tentera d’expliciter le lien entre « la fin de l’homme » (la dé-limitation de l’humanisme) et « la fin de la fin » (l’éclatement de l’unité téléologique).

Introduction à la métaphysique analytique – Jean-Pascal ANFRAY

S1 – Mardi 14h-16h - Résistants

Ce cours est une introduction à la métaphysique telle qu’elle s’est développée au sein du courant analytique. Selon une caractérisation proposée par E. J. Lowe, la métaphysique consiste dans l’étude systématique de la structure fondamentale de la réalité. Elle consiste à déterminer ce qui existe – ce qui relève de l’ontologie, la nature de ces choses et leurs relations fondamentales. Dans le sillage du cercle de Vienne, la philosophie analytique fut, un temps, considérée comme hostile à la métaphysique. Mais, depuis Quine et Strawson au moins, la métaphysique a d’abord été réhabilitée, avant de connaître un véritable essor depuis une cinquantaine d’années.

On présentera d’abord un aperçu général de la métaphysique analytique en même temps que ses outils logiques et sémantiques fondamentaux – référence et signification, quantification, mondes possibles, etc.

On abordera ensuite un certain de sujets plus spécifiques. On prendra cette année pour fil directeur la notion de propriété qui conduit au problème des universaux et le débat opposant réalisme et nominalisme sous leurs différentes formes. On étudiera ensuite les différentes sortes de propriétés et en particulier, les dispositions et pouvoirs. Cela conduit à aborder la causalité et les lois de la nature d’une part et d’autre part la question du découpage de la réalité en « espèces naturelles » (natural kinds).

Représentation et réalité : des débats scolastiques aux controverses cartésiennes – Jean-Pascal ANFRAY

S2 – Mardi 14h-16h – Résistants

D’après Thomas Reid, la « voie des idées » empruntée par Descartes et ses successeurs, aurait ouvert la voie à un problème épistémologique insurmontable : si les idées sont des intermédiaires entre l’esprit et le monde comment s’assurer que nous accédons bien au réel à travers sa représentation, posant un défi sceptique insoluble. Sorte de lieu commun, le pendant de cette thèse est que la tradition aristotélicienne médiévale était immunisée à cette forme de scepticisme, parce que la théorie aristotélicienne de la cognition défend une forme de réalisme direct.

Ce cours visera apporte un éclairage critique sur ces deux grandes thèses, en montrant les continuités et ruptures entre les débats scolastiques sur la cognition et les controverses entourant l’interprétation correcte de la théorie cartésienne des idées. On présentera ainsi dans un premier temps les conceptions de Thomas d’Aquin et Henri de Gand, leur critique par Olivi et Ockham, avant d’aborder, entre autres, Descartes et la controverse entre Malebranche et Arnauld sur les idées.

L’objectif de ce cours est double. Il s’agit d’étudier une question majeure des théories de la cognition, tout en montrant les rapports complexes qu’entretiennent les philosophes modernes avec le legs scolastique.

Philosophie de l’image et de l’imagination – Alexis ANNE-BRAUN

S1 – Mardi 16h-18h - Résistants

Ce cours propose une introduction aux théories contemporaines de l’image et de l’imagination qui ont vu le jour, dans la seconde moitié du 20ème siècle, au croisement de la psychologie, de l’histoire de l’art, des visual studies et de l’esthétique de tradition analytique.

Lectures préparatoires :

Ernst Gombrich, L’art et l’illusion, Phaidon, 2002.

Nelson Goodman, Langages de l’art, Paris, Fayard/Pluriel, 2011.

Richard Wollheim, L’art et ses objets, Paris, Aubier, 1994.

Dominic McIver Lopes, Comprendre les images, PUR, Dijon, 2014.

WJT Mitchell, Iconologie. Texte, image, idéologie, Paris, Les prairies ordinaires, 2009.

Un syllabus détaillé (avec une liste de lectures obligatoires) sera distribué à la première séance du cours.

Ontologie de l’œuvre d’art – Alexis ANNE-BRAUN

S2 – Mardi 10h30-12h30

A venir

Ce séminaire de recherche en philosophie de l’art sera consacré cette année aux modes d’existence et aux trajectoires biographiques des œuvres : création, circulation, acquisition, exposition, activation, artification, destruction, restauration.

Deux séances du séminaire seront assurées par la professeure invitée du département de philosophie, Sherri Irvin, auteure d’un ouvrage intitulé, Immaterial. Rules in contemporary art (Oxford, Oxford University Press, 2022).

Mode de validation : rédaction d’un mini-mémoire de recherche

Fondements analytiques : philosophie de l’esprit – Margherita ARCANGELI et Jérôme DOKIC

S1 – Vendredi 14h-16h -

Du 9 octobre au 29 janvier

L’esprit et le mental sont des thèmes historiquement chers aux philosophes. Différentes

écoles de pensée, à l’instar de la phénoménologie, de l’existentialisme et de la

philosophie analytique, ont contribué à façonner la philosophie de l’esprit, aujourd’hui

également alimentée par les recherches empiriques menées en sciences cognitives.

Le problème central de la philosophie de l’esprit est le problème corps-esprit : comment

l’esprit se relie-t-il au corps physique ou biologique ? La compréhension de la nature de

cette relation s’avère fondamentale pour aborder des questions philosophiques majeures,

concernant le critère du mental, la nature de la personne et de sa relation à l’environ-

nement et à autrui, ou encore la distinction entre les humains et les animaux ou autres

agents non humains du point de vue de leurs capacités mentales.

Ce cours a pour objectif de permettre aux étudiants de se familiariser avec la philosophie

de l’esprit contemporaine en leur fournissant les concepts techniques de base et en

analysant les questions centrales relatives à la nature de l’esprit. Chaque séance sera

consacrée à la discussion d’une question spécifique à travers l’analyse d’un texte.

« Possible, puissance, pouvoir : de l’ontologie au politique » – Gwenaëlle AUBRY

S2 – Vendredi 16h-18h - Résistants

Calendrier spécifique : 29/01, 26/02, 26/03, 29/04 et 14/05/2027

Ce séminaire s’assigne un double objectif, à la fois généalogique et critique : on commencera par étudier les principaux lieux d’élaboration antiques et médiévaux des concepts de possible, de puissance et de pouvoir, de façon à délimiter leur contenu propre mais aussi à analyser les différentes relations qui les organisent. On s’intéressera ainsi à la démarcation entre les concepts aristotéliciens de dunaton, dunamis et dunamei, aux théories néoplatoniciennes du principe (arkhè), à la théologie de la toute-puissance et aux redistributions conflictuelles qu’elle engage entre ces trois notions. Plutôt qu’à reconstituer une histoire polyphonique, on s’attachera à dégager des modèles conceptuels en même temps que des moments ontologiques distincts.

Dans un second temps, qui prendra, à partir de 2027, la forme d’un cycle de conférences, on s’interrogera sur les figures politiques – y compris modernes– dérivables de ces modèles, mais aussi sur les limites d’une telle dérivation du politique à partir de l’ontologie.De ce double parcours on attend, à terme, qu’il contribue à éclairer les usages contemporains de ces notions, fortement polarisés entre la réduction du possible à la capacité passive, voire à l’impuissance, et la recherche de tendances immanentes à même de le redéployer.

Ce séminaire (5 séances) est validable dans le cadre du DENS (mini-mémoire).

Il est possible de le valider également dans le cadre du Master de philosophie à condition que soit aussi suivi le séminaire co-organisé par Gwenaëlle Aubry, Dimitri El Murr, Julie Giovacchini et Juliette Lemaire : « Y a-t-il une politique néoplatonicienne ? » (5 séances).

La langue d’enseignement est le français

Y a-t-il une politique néoplatonicienne ? – Gwenaëlle AUBRY, Dimitri EL MURR, Julie GIOVACCHINI, Juliette LEMAIRE

S2 – Vendredi 16h-18h - Résistants

Calendrier spécifique : 05/03, 23/04, 21/05 et 28/05/2027

Ce séminaire se propose d’enquêter sur l’un des aspects les plus énigmatiques du néoplatonisme, à savoir l’absence en son sein d’une philosophie politique identifiable et constituée. Ceux que l’historiographie moderne appelle « néoplatoniciens » se revendiquant comme des « platoniciens », comment comprendre qu’ils n’aient pas accordé au politique la fonction centrale que lui attribue Platon ? Si des reconstructions de la « philosophie politique néoplatonicienne » ont néanmoins été tentées, nous souhaiterions pour notre part poser la question à nouveaux frais, d’abord en en définissant les termes : y a-t-il place, dans le néoplatonisme, pour une politique distincte de l’éthique ? Et à supposer qu’une telle politique puisse être dégagée, en quoi est-elle néoplatonicienne et non pas simplement platonicienne ? Dans quelle mesure est-elle indexée sur la structure métaphysique propre au néoplatonisme ?

Nous explorerons également d’autres théories et modèles politiques antiques, afin d’en dégager par différence la spécificité de l’approche néoplatonicienne. Ainsi, les théories politiques épicuriennes pourront faire office de contre-modèle : comment penser le politique à partir d’une ontologie non hiérarchisée et non normative ? La tradition péripatéticienne offrira de son côté une pensée spécifique et immanente du pouvoir politique, à partir de sa distinction d’avec le pouvoir économico-despotique.

Plus que les éléments factuels d’une reconstruction, ce sont donc des conditions de possibilité que nous interrogerons, de façon aussi à faire droit, en lisant les textes, à la diversité des néoplatonismes.

Ce séminaire (5 séances) est validable dans le cadre du DENS (mini-mémoire).

Il est aussi possible de le valider dans le cadre du Master de philosophie à condition que soit aussi suivi le séminaire de Gwenaëlle Aubry, « Possible, puissance, pouvoir : de l’ontologie au politique » (5 séances).

La langue d’enseignement est le français.

Platon, Ménon – Jonathan BARNES

S1 – Mardi 10h30-12h30 – Salle Séminaire DSA

Une lecture de ce dialogue de Platon surnommé (dans le monde anglophone.) ‘un joyau de la philosophie’.

Les sujets de discussion comprendront :

- la demande de Ménon : comment acquérir la vertu ?

- qu’est-ce que la vertu ? comment la définir ?

- comment (et pourquoi) construire une définition ?

- le paradoxe de Ménon

- la théorie la métempsychose

- la doctrine de la réminiscence (ou des idées innées)

- la méthode hypothétique en géométrie …

- ... et son application à l’éthique

- les sophistes et l’enseignement de la vertu

- la vertu comme opinion vraie ou science

- la distinction entre opinion et science

- l’échec de l’enquête

Texte grec :

A. Croiset, Platon : Gorgias, Ménon, Budé (Paris, 1984)

R.S. Bluck, Plato’s Meno (Cambridge, 1965)

Traductionss française :

Croiset, op cit

M. Canto-Sperber, Platon : Ménon, Flammarion (Paris, 1991)

L. Robin, Platon : Gorgias, Ménon, Folio (Paris, 1999)

Fondements représentationnels de l’esprit (Core analytic/Fondements analytiques) – Denis BUEHLER

S1 – Jeudi 14h-16h – Salle DEC

TD le mercredi 10h-12h en salle Sartre

This course aims to (i) provide the conceptual foundation for and (ii) introduce students to core debates in philosophy of cognitive science.

Prerequisites : None

ECTS : 6 (for students from the department of Philosophy who take the accompanying TD) Language : English and/or french

Ce cours vise à (i) fournir les bases conceptuelles et (ii) initier les étudiants aux débats fondamentaux en philosophie des sciences cognitives.

Prérequis : Aucun

ECTS : 6 (pour les étudiants du département de Philosophie qui suivent le TD d’accompagnement) Langue : anglais et/ou français

Advanced topics in analytic philosophy – Denis BUEHLER

Prerequisites : this year-long seminar targets doctoral students, as well as very advanced masters students, specializing in analytic philosophy.

The seminar discusses current issues in analytic philosophy.

If you’d like to participate, please send an email to denis.buehler@ens.fr by September 15th. Course taught in : English and/or French

Introduction to ethical theory (Core analytic/Fondements analytiques) – Denis BUEHLER et Selina GUTER

S2 – Lundi 14h-16h - Actes

Systematic introduction to ethical theory, including discussion of egoism, utilitarianism, justice, responsibility, meaning of ethical terms, relativism, etc.

Anti-individualism and the Mind (Core analytic/Fondements analytiques) – Denis BUEHLER et Devon REID

S2 – Mardi 14h-16h – Marbo (29)

The course will cover developments in the philosophy of mind over the last 75 years. Special attention will be given to those developments that contributed to articulating anti-individualism as a thesis about the mind.

Candidate times would be Tuesdays/Thursdays. I’m open for earlier in the day or later in the afternoon. Starting around 10 am or around 2 pm.

Prerequisites : none

Course taught in : English

Writing for philosophy (Core analytic/Fondements analytiques) – Denis BUEHLER

S2 – Mercredi 10h30-12h30 – Salle séminaire DEC

Prerequisites : (ideally) introductory course in logic ; restricted to students who declare philosophy as their major ; maximal enrollment 6 students.

If you wish to participate, please send an email to denis.buehler@ens.fr by January 15th. Course taught in : English

This course aims to provide hands-on training in philosophical writing and argument-analysis skills for students who have decided to specialize in philosophy. The aim is to learn how to write a US-style term paper.

Le moi rencontre l’esprit – Denis BUEHLER

S2 – Lundi 14h-16h - Marbo

This course will explore how the self is represented in cognition. We will begin by investigating self-representation in thought and language. This will involve discussion of why ‘I’ is considered an “essential indexical” and why some ‘I’-thoughts are thought to be immune to error through misidentiNication. We will then ask whether self-representation, or something like it, occurs in cognitive systems outside of thought and language, with a particular focus on perception and bodily awareness. We will end by examining how self-related information available in perception and bodily awareness informs use of the conceptual representation of self in thought.

Anthropologie et philosophie après 1945 (VI) – Florent BURGAT, Jean-Claude MONOD et Christian SOMMER

S2 – Vendredi 10h30-12h30 - Pasteur

Ce séminaire collectif entend reconstruire la constellation de certaines problématiques et débats noués à des points de croisement ou de tension entre anthropologie et philosophie, en France et en Allemagne après 1945. Dans le sillage de nos réflexions sur la culture et les institutions comme « remède » aux traumas phylogénétiques et ontogénétiques (Freud, Roheim, Blumenberg), nous nous interrogerons sur la constitution de la psychologie scientifique expérimentale durant la première moitié du XXè siècle en questionnant les effets, produits par les différentes formes d’expérimentation alors mises en oeuvre, sur la compréhension des formes de vie humaine et animale. Sur un autre versant, on s’intéressera au rôle qu’ont joué certaines figurations visuelles tirées de la recherche ethnographique chez Cassirer, Lévi-Strauss et Descola, ainsi qu’aux ressources théoriques puisées dans la philosophie allemande par l’école française d’anthropologie pour penser les « formes du visible » et les schèmes de la perception. On reprendra également le fil de nos recherches conduites précédemment sur les « techniques de l’extase » comme « techniques de soi » (Foucault) et « exercices spirituels » (Hadot), et les pratiques contre-anthropologiques d’une « écologie de l’imagination » psychotrope (Kopenawa, Stépanoff).

Dante et la philosophie : la question de la Création (Philosophie médiévale) – Pierre CAYE et Bruno PINCHARD

A – Mardi 17h-20h – Berthier (29)

Calendrier spécifique : du 20 octobre 2026 au 31 mai 2027

L’originalité théologique de Dante ne peut se mesurer qu’à l’aune des doctrines qu’il assimile, transforme ou déplace. La question de la Création ex nihilo fait partie de ces topos en débat, dès lors qu’il est difficile d’harmoniser chez lui les références au geste créateur unique et immédiat de Dieu et les délais de cette Création, qu’il s’agisse des épisodes de la chute angélique ou du statut de la materia prima. Le séminaire relira dans cette perspective les questions 45 et 46 de la Prima Pars de la Summa theologica de Thomas et, dans la suite des études de Bruno Nardi, cherchera à préciser les écarts de Dante par rapport à cette construction normative.

Séminaire platonicien et néo-platonicien : Sur l’Alcibiade – Pierre CAYE

A – Lundi 14h-16h – U209 (29)

Calendrier spécifique : du 5 octobre 2026 au 31 mai 2027 (sauf 23/11 et 01/03, le 31/05 en Amphi Gallois)

Le premier semestre sera consacré à l’étude de l’Alcibiade de Platon. Dans l’Antiquité, on commençait la lecture des œuvres de Platon par le premier Alcibiade. Ce privilège lui valut d’être abondamment commenté. Consacré aux fondements de l’éthique, définie comme gouvernement de soi, il apparaît comme le vestibule nécessaire pour accéder à la philosophie de Platon. Socrate convainc Alcibiade de la nécessité de devenir lui-même meilleur avant d’entreprendre quoi que ce soit. Or, pour devenir meilleur, il faut prendre soin de soi-même, ce qui exige de se connaître soi-même. Le sujet de cette connaissance de soi-même et des autres, c’est l’âme et non le corps ou les biens d’usage. Et c’est la manière de se conduire de cette âme qui lui permet d’accéder à l’excellence (areté). Connaître son âme c’est faire usage de son intellect dont l’objet n’est pas le particulier, mais l’universel. D’où cette conséquence paradoxale : se connaître soi-même, ce n’est pas s’arrêter à soi comme individu, mais se hisser vers l’universel. Le second semestre se consacrera à l’étude des différentes écoles platoniciennes à travers l’antiquité. Nous nous demanderons en particulier si le néoplatonisme n’est finalement qu’une école parmi tant d’autres dans l’histoire du platonisme antique, ou bien s’il en marque, comme il le prétend, l’accomplissement.

L’art au service de la critique de l’économie politique - Le mouvement Art and Craft - De John Ruskin à William Morris – Pierre CAYE

A – Vendredi 16h-18h – Pasteur

Calendrier spécifique : 16/10, 20/11, 18/12/2026, 22/01, 26/02, 26/03, 23/04, 21/05 et 18/06/2027 (en Sartre)

Au cours de l’année précédente, a été brièvement évoqué le rapport de William Morris, la figure majeure du mouvement Art and Craft né dans l’Angleterre de la révolution industrielle, à l’œuvre de Marx, ne serait-ce que parce ce mouvement artistique s’est efforcé de mettre l’art au service de la critique de l’économie politique. La notion de société archaïque supérieure qu’évoque Marx dans les dernières années de sa vie, en particulier dans sa correspondance avec le populisme russe, est sans aucun doute l’idée fondamentale qui vient nourrir la dimension utopique de ce singulier mouvement artistique dont l’influence reste encore particulièrement vive dans la culture actuelle des arts décoratifs.

Le séminaire reviendra dans un premier temps sur la signification chez Marx de la notion de société archaïque supérieure. Puis nous traiterons de John Ruskin (1819-1900) et de sa conception économique de l’art, avant de conclure notre réflexion sur William Morris (1834-1896) sans doute la figure la plus emblématique du mouvement Art and Craft, à la fois artiste particulièrement fécond et théoricien inspiré.

« Lectures lévinassiennes - Une autre voie phénoménologique » - Thème de l’année « Levinas et ses contemporains. Penser avec ». Questions métaphysiques, phénoménologiques et politiques » – Danielle COHEN-LEVINAS

S1 – Lundi 17h-19h – Pasteur Première séance le 28 septembre 2026

Séance du 23/11 en Sartre

Le séminaire « Lectures lévinassiennes » propose cette année, d’approfondir le moment philosophique français, au travers les relations directes ou indirectes qu’Emmanuel Levinas a entretenu avec ses contemporains. L’auteur de Totalité et Infini (1961) et Autrement qu’être (1974) a non seulement traversé l’histoire tragique du XXème siècle, de la Révolution russe à la Première et la Seconde Guerre mondiale, mais il a élaboré une œuvre à la croisée de plusieurs héritages. Rappelons qu’à partir de 1924, Levinas quitta la Lituanie natale pour Strasbourg où il eut comme professeurs à l’université Maurice Pradines, Henri Carteron, puis Martial Guéroult, Maurice Blondel et Maurice Halbwachs. Son ami, Maurice Blanchot, l’initia à la littérature française contemporaine. Sur les conseils d’une étudiante d’allemand, Gabrielle Peiffer, il découvrit la phénoménologie de Husserl et suivit, à la Faculté de Théologie protestante, le cours de Jean Hering, ancien élève de ce dernier, qui lui fit connaitre Sein un Zeit dès sa parution en 1927.

Revenu de Fribourg après avoir suivi les cours de Husserl puis de Heidegger, il apporte avec lui en France la phénoménologie et la question de l’existence. 

En faisant de l’éthique, à l’instar de l’ontologie, la philosophie première, Levinas aura non seulement ouvert une voie nouvelle, mais il aura créé une nouvelle langue, un nouvel idiome. Levinas, introducteur de la phénoménologie husserlienne en France (il traduit avec Gabrielle Peiffer les Méditations cartésiennes, les conférences de Husserl parue en France vingt ans avant la publication allemande), il a accompagné, voire anticipé les grands moments de la philosophie française contemporaine, de Sartre jusqu’à Jean-Luc Marion, en passant par Wahl, Blanchot, Merleau-Ponty, Ricoeur, Henry et quelques autres.

C’est à cette constellation exceptionnelle et unique que le séminaire sera consacré.

Intervenants : Emmanuel Alloa, Danielle Cohen-Levinas, Natalie Depraz, Mathias Girel, Pierre-Alban Gutkin-Guinffoleau, Emmanuel Levine, Charles-André Mangerey, Aïcha Messina, Chiara Pavan, Romana Francesca Recchia Luciani, Camille Riquier, Raphaël Zagury-Orly.

Protester, alerter, désobéir. Sur l’engagement politique – Marc CREPON

S1 – Mercredi 10h30-12h30 – Résistants

Ce séminaire fait suite aux séminaires des deux années précédentes : « Le spectre du nationalisme » (2024) et « Régressions » (2025). Il s’interroge sur les formes d’actions politiques et d’engagement requises, quand des signaux d’alerte avertissent des risques de basculement de la démocratie dans un régime liberticide, remettant en question l’avancée des droits et des libertés qui appartiennent à son histoire. Les trois verbes retenus dans son intitulé (Protester, alerter, désobéir) répondent à la question « Que faire ? » et ils déclinent trois formes d’un engagement critique, quand des temps sombres se profilent à l’horizon. Il s’appuiera sur la lecture d’Etienne de La Boétie et Claude Lefort, de Voltaire, Hugo et Zola, de Henry David Thoreau et Hannah Arendt, de Martin Luther King et Malcolm X, de Michel Foucault et Gilles Deleuze, de Jacques Derrida et Svetlana Alexievitch. 

Atelier « Les archives de la philosophie » - David DENECHAUD et Nathalie QUEYROUX

S2 – Lundi 16h-18h – Centre documentaire du CAPHÉS (29 rue d’Ulm)

Cet atelier se propose de sensibiliser les participant(e)s à la source « archives » en philosophie pour nourrir la recherche. Il s’agit avant tout d’un atelier pratique. Il comprendra une séance introductive concernant le cadre légal français relatif aux archives de la recherche, les catalogues et instruments de recherche ; des séances dédiées à un cas pratique avec la découverte, la manipulation, l’identification et la description archivistique de documents appartenant au fonds d’un philosophe ; enfin, des séances d’initiation au logiciel de reconnaissance d’écriture manuscrite Transkribus (plateforme d’intelligence artificielle).

À l’issue de cet atelier, les participants seront à même de localiser des documents d’archives et mener des recherches dans des fonds de manière avertie et efficace.

Nombre de places limité à réserver à l’adresse : bib-caphes@ens.psl.eu

Amitié, collaboration et coopération dans la République, le Politique et les Lois de Platon – Dimitri EL MURR

S1 – Lundi 14h-16h – Résistants

L’objet de ce cours est la conception platonicienne du lien social dans les trois grands dialogues politiques de Platon (République, Politique, Lois). Il s’agira de montrer que dans ces trois dialogues, le lien social peut être compris en articulant deux concepts fondamentaux : l’amitié et la coopération (que je distinguerai, après d’autres, de la collaboration). En reprenant les détails de l’organisation politique et sociale de la cité dans la République, le Politique et les Lois sous le prisme de ces deux concepts, il est possible de jeter une lumière nouvelle sur un certain nombre de questions exégétiques et philosophiques importantes de la philosophie politique platonicienne. En voici quelques-unes : la cité idéale de la République parvient-elle à concilier la hiérarchie stricte des fonctions qui détermine son ordre politique et l’harmonie qui caractérise son ordre social ? Les réseaux d’amitié qui tissent cette harmonie sont-ils suffisants pour dissiper l’impression que la cité idéale est une dictature militaire ou, comme le pensait Karl Popper, l’ancêtre des régimes totalitaires du XXe siècle ? Comment Platon conçoit-il l’amitié que le philosophe éprouve pour la cité dans son ensemble et le rapport de cette amitié à son naturel philosophe (philosophos phusis), caractérisé avant tout par un désir de vérité et la possession de vertus intellectuelles ? Que devient ensuite l’organisation politique et sociale de la cité idéale de la République dans le Politique et les Lois ? Comment articuler les uns aux autres les différents projets philosophiques et politiques qui structurent ces dialogues ?

En apportant des réponses à ces questions, ce cours cherchera à donner une vision un peu différente de la philosophie politique de Platon, en insistant non pas tant sur l’autoritarisme, la condamnation de la démocratie et l’exigence épistémique (comme on le fait habituellement, et à juste titre), mais sur ce que Platon met en place, dans ses trois grands dialogues politiques, pour satisfaire aux exigences d’une véritable communauté politique et penser les conditions de la coopération entre citoyens.

Faut-il contrôler les artistes ? Platon, philosophe de la culture – Dimitri EL MURR

S1 – Mardi 10h30-12h30 – Résistants

L’art peut-il détruire la société ? La société doit-elle contrôler les arts ? Peut-elle le faire sans sombrer dans le totalitarisme ? Autant de questions encore vivantes dans le monde contemporain mais que ce cours abordera à travers l’œuvre de Platon, dont on examinera la philosophie des arts et de la culture en cherchant à lui restituer sa radicalité et sa puissance actuelle de questionnement philosophique.

Platon propose en effet une refonte complète du rapport des citoyens à la culture, au motif que toute communauté politique a besoin d’une culture commune et cohérente, sans laquelle il n’y pas de cité, mais seulement des individus. D’où les mesures aussi célèbres que radicales qu’il développe dans la République : l’expulsion des poètes (Homère et Hésiode) et des dramaturges hors de la cité, le strict contrôle du pouvoir sur les arts, et la subordination des artistes au gouvernement des philosophes. De là également, l’opprobre jeté sur le philosophe athénien dans l’Antiquité par les défenseurs d’Homère et, plus récemment, par ceux qui ont vu en lui l’inventeur des totalitarismes du XXe siècle.

Ce cours se propose d’explorer la philosophie platonicienne de la culture, non seulement pour elle-même mais aussi à travers certaines réactions qu’elle a pu susciter par le passé et suscite encore chez les contemporains. Il s’agira notamment de se demander comment Platon, dans l’Ion, comprend la rhapsodie homérique et la puissance de la poésie, et pourquoi et comment, dans la République, il chasse Homère et Hésiode de la cité et avec eux les poètes tragiques ? Pourquoi, en effet, un philosophe et un artiste de son calibre estime qu’il est nécessaire, au nom de la philosophie, de contrôler strictement les arts et même de les censurer ? On comparera cette censure platonicienne avec l’un de ses lointains prolongements, la condamnation du théâtre développée par Rousseau dans la Lettre à d’Alembert. Il s’agira enfin, par un juste retour des choses, de ne pas se contenter d’analyser ce que Platon dit et fait des arts, mais d’examiner aussi ce que certains artistes contemporains (par ex. Joseph Kosuth, Huang Yong Ping, JR…) font de Platon et comment ils lui répondent.

Nietzsche et les “Philosophes présocratiques” – Adrien FOSSEY et Marco GIUDETTI

S1 – Vendredi 16h-18h – Résistants

Première séance le 2 octobre 2026

Faire l’histoire de la philosophie présuppose déjà de savoir ce qu’est la philosophie. Par conséquent, affirmer que la philosophie commence avec Thalès à Milet présuppose déjà une pré-compréhension de la nature même de la philosophie. Cette pré-compréhension est aussi ancienne que l’histoire de la philosophie elle-même (Aristote, Métaphysique, A). Étudier les pré-socratiques revient donc déjà à s’interroger sur le sens de cette activité appelée « philosophie ».

Le problème d’une lecture des pré-socratiques s’amplifie dès lors que l’on s’interroge sur l’approche qu’il convient d’adopter à l’égard de cette catégorie historiographique que constituent les « pré-socratiques ». Cette difficulté apparaît déjà dans leur dénomination, qui semble, de prime abord, unifier une catégorie de penseurs uniquement à partir de coordonnées chronologiques.

Les pré-socratiques se caractérisent également par la fragmentation de leur corpus : avant les dialogues de Platon, aucun ouvrage philosophique ne nous est parvenu dans son intégralité. En ce qui concerne les pré-socratiques, il n’existe donc pas de « fait textuel » immédiat : toute compréhension doit dès lors être précédée d’une interprétation. Autrement dit, il nous semble que tout accès aux pré-socratiques ne puisse s’effectuer qu’à travers un prisme philosophique préalable, qu’il s’agira ensuite de déconstruire. Cette année, ce prisme sera celui de Nietzsche, pour deux raisons. D’abord parce que Nietzsche, avant d’être philosophe, était philologue. À l’Université de Bâle, il donne en 1872 un cours (Les philosophes préplatoniciens) qui s’ouvre sur une discussion critique de la catégorie même de « présocratiques » à laquelle il préfère – pour des raisons historique et philosophiques que nous examinerons – la catégorie de « préplatoniciens » (regroupant Thalès, Anaximandre, Anaximène, Pythagore, Héraclite, Xénophane, Parménide, Zénon, Anaxagore, Empédocle, Leucippe, Démocrite, Les Pythagoriciens et enfin Socrate). De la réalité fragmentaire de ce corpus, Nietzsche tire la conséquence susmentionnée, à savoir la nécessité préalable d’une interprétation philosophique dans laquelle ces fragments puissent prendre sens. La philosophie à l’époque tragique des Grecs (1873), son deuxième livre de philosophie, inachevé et dédié à certaines figures des présocratiques (Thalès, Anaximandre, Héraclite, Parménide, Anaxagore), ne cherche délibérément pas à discuter de leurs thèses, mais poursuit le travail de constitution de cette interprétation philosophique originale, nécessaire et concomitante à la lecture même des « préplatoniciens ».

Le séminaire prendra la forme d’un séminaire conjoint, assuré par Aurélien Fossey et Marco Giudetti. Chaque séance sera ainsi divisée en deux parties : il s’agira, dans un premier temps, d’étudier la lecture que Nietzsche propose des philosophes pré-socratiques (Aurélien Fossey), puis de la confronter à l’état actuel de la recherche sur ces auteurs (Marco Giudetti).

Philosophie de la médecine et de la santé – Marie GAILLE

S2 – Mardi 16h18h – Résistants

Ce cours a pour objectif de présenter les principaux jalons textuels, enjeux conceptuels et objets de la philosophie de la médecine et de la santé.

Il s’adresse à des étudiants sans pré-requis de connaissance sur le sujet.

Les textes qui y seront abordés seront essentiellement en français et en anglais, sans exclure des versions bilingues de textes dans d’autres langues, anciennes ou vivantes. Nous entrerons dans les enjeux par l’examen de questions contemporaines, puis examinerons la manière dont s’est élaboré, dans la longue durée et des espaces conceptuels et géographiques variés, le dialogue entre philosophes et médecins.

Série 1 : soin, recherche biomédicale politiques de santé (séances 1 à 4). Cette première séquence s’intéressera, sous un angle épistémologique, éthique et politique, et sans prétention à l’exhaustivité, à des sujets sur lesquels le dialogue entre philosophie et médecine s’est particulièrement noué : procréation, fin de vie, expérimentation, solidarités en santé.

Série 2 : de la philosophie comme médecine à la philosophie de la médecine (séances 5 à 8). Dans une perspective d’histoire de la pensée et conceptuelle, seront abordés les différents positionnements philosophiques à l’égard de la médecine comme forme de connaissance et comme pratique, jusqu’à l’époque contemporaine où la philosophie déploie, selon M. Lemoine, trois angles pour aborder la médecine : épistémologique, anthropologique, éthique. Les figures de médecins-philosophes y feront l’objet d’une attention particulière. La figure du psychopathologue sera également évoquée, à partir d’oeuvres de la 1ère moitié du 20ème siècle.

Série 3 : de la philosophie de la médecine à la philosophie de la santé – déplacements, frontières, approches mondialisées (séances 9 à 12). Sera abordée et discutée la différence avancée par certains philosophes entre la philosophie de la médecine et la philosophie de la santé, et seront envisagées les orientations majeures de cette dernière. Seront notamment traitées, selon une approche conceptuelle et critique, les notions de santé globale, santé mondiale, les enjeux de santé environnementale et les interfaces entre philosophie de l’environnement et de l’écologie et philosophie de la médecine et de la santé.

Voir, prévoir, soigner - Séminaire d’épistémologie politique - Marie GAILLE

S2 – Jeudi 14h-16h – Résistants

Ce séminaire de recherche a pour objectif d’explorer un ensemble de questionnements contemporains liés à l’identification et à la prise en charge - individuelle, collective, médicale, politique, etc. - d’enjeux de santé, questionnements qui associent analyse épistémologique et philosophie politique.

L’identification d’un enjeu de santé ne va pas de soi, comme le montre aujourd’hui une littérature d’enquête et d’analyse sur la construction d’un problème publique, les savoirs inconfortables et la production de l’ignorance. L’identification d’un enjeu de santé relève aussi d’un cadrage épistémologique qui rend possible ou pas de "voir" et concevoir un tel enjeu. Elle repose sur une capacité à "observer" l’invisible à partir du visible, à partir de signes - capacité discutée de longue date dans l’histoire de la médecine et qui nous ramènera un temps aux querelles entre la conception « dogmatique » et la conception « empiriste » du diagnostic.

Affirmer l’existence d’un enjeu de santé implique également d’établir la preuve de celui-ci. Ce séminaire s’intéressera aussi aux modalités de la preuve dans la recherche biomédicale et aux débats qu’elles suscitent, aux discussions sur l’écart entre causalité et corrélation, au rôle et aux statuts conférés aux "indicateurs" pour rendre compte d’une problématique de santé, par exemple dans le cas des impacts sanitaires du changement climatique ou de ceux associés à des milieux de vie et de travail pollués. Le séminaire s’intéressera sur ce point à des trajectoires complexes de constitution de la preuve et aux différents types de "preuve" mobilisés dans des enquêtes scientifiques ou judiciaires au long cours qui mobilisent - témoignages cumulés, archives, recueils cliniques, cartographies, dispositifs de sciences participatives, etc.

Au-delà du travail de la preuve se pose la question d’une prise en charge de l’enjeu de santé, de façon anticipée ou a posteriori. Le séminaire explorera les différentes formes de cette prise en charge. Il s’intéressera notamment aux opérations d’identification d’un "risque" que, dans certains cas, l’on peut tenter de prévenir - ce qui ouvre la réflexion à l’examen de la place de la prévention dans la prise en charge individuelle et collective des enjeux de santé ; tandis qu’il fait l’objet d’une "prédiction" dans d’autres cas de figure. Dans un cas comme dans l’autre, le séminaire cherchera à comprendre comment risque et soin peuvent être pensés, ensemble ou comme des alternatives, et à cerner des difficultés, comme celle qui se manifeste dans les réflexions éthiques sur le "droit de ne pas savoir" dans le contexte d’un diagnostic prédictif. Dans la continuité de cette réflexion, le séminaire abordera enfin les principes d’action collective et politique susceptibles de découler ou d’être associés à l’existence d’enjeux de santé "invisibles" au moment où ils sont évoqués - prévention, promotion, protection, précaution, les objets de cette action - santé humaine, santé des vivants, écosystèmes et milieux de vie. 

Schelling – Philosophie de la mythologie – Mildred GALLAND-SZYMKOWIAK

S1 – Mercredi 16h-18h – Résistants

Dans ce cours, on voudrait caractériser la place de la mythologie dans la philosophie de Schelling, non seulement dans les cours sur la Philosophie de la mythologie, mais déjà dans les écrits de jeunesse de 1792-93 puis dans la philosophie de l’identité. En explicitant la teneur, l’évolution et les enjeux de l’étude philosophique que Schelling consacre à la mythologie, il s’agira aussi de s’interroger sur les caractères propres de la philosophie schellingienne en général, sur ce qui la distingue au sein de la philosophie allemande classique et sur ce qui peut-être met en crise cette dernière.

Pourquoi, au fond, faudrait-il une philosophie de la mythologie ? Pourquoi la mythologie devrait-elle faire l’objet non seulement de récits, non seulement de créations artistiques, et encore d’études philologiques (que Schelling connaît bien), mais aussi d’une philosophie ? D’une part, la réponse de Schelling va marquer jusqu’au 20e s. les études philosophiques sur la mythologie. D’autre part, sa philosophie de la mythologie (qui apparaîtra dans les cours de la fin des années 1820 aux années 1840 comme une autre « histoire de la conscience »), peut constituer un fil à suivre pour relier des phases bien différentes de sa pensée. On s’interrogera notamment sur ses liens avec la Naturphilosophie, avec la philosophie de l’art, avec la philosophie de la religion, avec la conception de l’histoire, avec le dédoublement de la philosophie tardive en philosophie « négative » et « positive ». Ce cours, qui peut servir à découvrir la philosophie de Schelling, est également en connexion avec la recherche actuelle sur cette philosophie.

Il n’est pas indispensable de savoir l’allemand. Ouvert à tous. Validation par un travail de recherche à déterminer avec l’enseignante. 6 ECTS.

Corpus :

Schelling, Philosophie de l’art, trad. fr. par Alain Pernet et Caroline Sulzer, Grenoble, Jérôme Million, 1999.

Schelling, Philosophie de la mythologie, trad. fr. par Alain Pernet, Grenoble, Jérôme Millon, 1994.

Schelling, Leçons inédites sur la philosophie de la mythologie, trad. fr. par Alain Pernet, Grenoble, Jérôme Millon, 1997.

Schelling, Introduction à la philosophie de la mythologie, trad. fr. par le GDR Schellingiana sous la dir. de Jean-François Courtine et jean-François Marquet, Paris, Gallimard, « NRF », 1998.

Schelling, Le Monothéisme, trad. fr. par Alain Pernet, Paris, Vrin, 1992.

Friedrich Wilhelm Joseph Schelling Historisch-kritische Ausgabe, éd. par H. M. Baumgartner, W. G. Jacobs, H. Krings, H. Zeltner, et alii, pour la Schelling-Kommission der Bayerischen Akademie der Wissenschaften, Stuttgart, Frommann-Holzboog, 1976 sq. [=AA]

Schelling, Antiquissimi de prima malorum humanorum origine (AA I, 1).

Schelling, Über Mythen, historische Sagen und Philosopheme der ältesten Welt (AA I, 1).

Des outils bibliographiques et des références de littérature secondaire seront donnés durant le cours.

Séminaire doctoral - Philosophie allemande classique, esthétique – Mildred GALLAND-SZYMKOWIAK et Gabrielle CHARRAK

S2 – Mercredi 16h-18h – Pasteur

Calendrier spécifique : 27/01, 24/02, 17/03, 31/03, 28/04 et 12/05/27

Ce séminaire de formation à la recherche rassemble les doctorants et mastérants travaillant sous la direction de M. Galland-Szymkowiak. Ils y exposent régulièrement leurs travaux et les soumettent à une discussion constructive. Les thèmes abordés relèvent de la philosophie allemande classique (Schelling, Hegel) et/ou de l’esthétique et philosophie de l’art. Une participation active est requise, avec le cas échéant la lecture de textes philosophiques ou de papiers de recherche pour préparer la séance.

Ce séminaire est ouvert aux étudiants qui le souhaitent, et validable (3 ECTS). Participation et validation se font sur accord préalable avec l’enseignante.

Actualité de la recherche sur la philosophie allemande classique - Mildred GALLAND-SZYMKOWIAK, Orion Chatziargyros et Alexandru David 

S2 – Mercredi 16h-18h – Pasteur

Calendrier spécifique : 03/02, 10/03, 24/03, 21/04, 05/05 et 19/05/2027

La « philosophie allemande classique » embrasse les corpus composant le paysage intellectuel allemand de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle : non seulement Kant, Fichte, Schelling, Hegel, mais également les philosophies du premier romantisme allemand (Frühromantik) et d’autres plus inclassables comme Lessing ou Jacobi. Chaque séance du séminaire est centrée sur la présentation d’une publication récente ou d’un projet de recherche actuel, relatifs à ce domaine, par un chercheur/une chercheuse français ou étranger. La conférence sur son livre ou projet est suivie d’une discussion collective. Ce séminaire de recherche (département de philosophie / UMR Pays germaniques) qui a lieu pour la 3e année est ouvert à tous. Il peut faire l’objet d’une validation (assiduité et compte-rendu d’une séance ; 3 ECTS).

Concepts économiques antiques – Julie GIOVACCHINI et Juliette LEMAIRE

S2 – Mercredi 10h30-12h30 – Pasteur

L’objet de ce séminaire est d’examiner les concepts économiques antiques, principalement à partir des corpus aristotélicien (Politiques, Éthique à Nicomaque, Éthique à Eudème, L’Économique du pseudo-Aristote, Théophraste) et épicurien (essentiellement Philodème) ; sont également étudiés Platon (Lois, République), et surtout Xénophon, avec lequel dialoguent constamment et Aristote, et Philodème. Seront aussi abordées les discussions économiques que les stoïciens ont menées dans le cadre de la résolution du conflit des devoirs. Nous étudierons ces corpus analytiquement mais aussi philologiquement, en examinant leur transmission, et les questions d’édition et de traduction qu’ils posent. Il s’agit d’étudier la manière dont certains philosophes de l’Antiquité en partant du sens usuel d’oikonomia, ont théorisé des concepts clé de l’économie, tels le marché, les échanges, la monnaie, ainsi que de ses dérèglements.

Après une comparaison du traité intitulé Économique, attribué à Aristote avec les textes de Platon (République, Lois, Politique) et de Xénophon (Économique et Mémorables), nous avons lu les passages de l’Éthique à Nicomaque, de l’Éthique à Eudème et des Politiques dans lesquels Aristote examine les échanges et la monnaie en posant les bases conceptuelles d’un marché fondé sur la valeur d’usage et non pas sur la valeur d’échange, à travers notamment son analyse de la mauvaise chrématistique. Nous avons vu que l’administration des biens ne se cantonne pas à la sphère de l’oikos, mais qu’elle concerne aussi la cité, polis. L’étude du traité de Philodème a permis de brosser le portrait du philosophe et de son rapport à l’oikonomia.

Après une première année consacrée principalement à l’étude des théories économiques présentes dans les corpus platonicien et aristotélicien, le séminaire poursuivra son travail en se focalisant sur les textes de la période hellénistique, notamment épicuriens et stoïciens.

Épistémologie de la désinformation – Mathias GIREL

S1 – Vendredi 10h30-12h30 - Résistants

Première séance le 2 octobre 2026

Désinformation, propagande et rumeurs ont depuis longtemps été étudiées tant par les historiens et sociologues que par les philosophes. Ces dernières années, un solide corpus consacré à la désinformation a émergé en philosophie de la connaissance, et ce cours, comme les précédents consacrés à la post-vérité, la propagande ou encore les théories du complot, présentera un panorama des questions de philosophie de la connaissance posées par cette thématique. L’objectif de ce cours est bien d’aborder des problèmes philosophiques fondamentaux, liés à la justification, à la fiabilité des croyances, à la rationalité, à partir d’un objet particulier.

La philosophie américaine classique (1860-1914) - Mathias GIREL

S1 – Jeudi 16h-18h - Résistants

Première séance le 1er octobre 2026

Le cours fournira une introduction aux différents courants de la philosophie américaine

« classique » (1860-1914), notamment Charles Peirce, William James, John Dewey et Jane Addams. Une attention particulière sera portée à la théorie de l’enquête et aux tensions entre naturalisme et normes (épistémiques, éthiques). Aucune connaissance préalable de ce domaine n’est requise et, si la lecture directe des textes originaux est vivement encouragée, une traduction du support principal de chaque cours sera disponible.

Trente ans d’agnotologie : perspectives sur la philosophie de l’ignorance – Mathias GIREL

S2 – Vendredi 14h-16h – Résistants

L’agnotologie, ou encore étude de l’ignorance, a été au cœur de développements récents en histoire et philosophie des sciences depuis les années 1990. Si le domaine a très tôt été théorisé et parcouru par les historiens des sciences environnementales et sanitaires, la contribution des philosophes a parfois été moins visible. Ce cours, qui est conçu comme une introduction générale à la thématique des études sur l’ignorance, reprendra ce dossier pour explorer ses différents volets, aussi bien en philosophie de la connaissance qu’en philosophie des sciences et en philosophie sociale et politique.

Le recul démocratique et le risque totalitaire : autour de John Dewey, 100 ans après Le Public et ses problèmes – Mathias GIREL

S2 – Jeudi 10h30-12h30 – Conférence (46), séance du 04/02 en salle Borel (29)

Le Public et ses problèmes de John Dewey a été publié il y a cent ans, en 1927. Nous voudrions revenir sur certaines questions soulevées par cet auteur sur la question de la démocratie et de la république. Outre une reprise de quelques-unes des thèses de ce livre classique, nous voudrions examiner l’approche pragmatiste des questions de société civile, institutions publiques et problèmes sociaux telles qu’elles sont posées dans d’autres ouvrages (de l’Éthique à Liberté et culture). Comment Dewey nous aide-t-il à poser le problème contemporain de l’érosion de la démocratie ou du recul démocratique (democratic backsliding) ? En quoi l’expérience des années 1930 et 1940 a-t-elle des conséquences sur sa réflexion et dans quelles directions l’infléchit-elle ? Quelle lecture Dewey a-t-il eue de la montée des « totalitarismes » nazi et soviétique ? Quelle critique a-t-il menée de la philosophie de l’histoire, dont celle de Trotski ? Et comment réaffirme-t-il son attachement à l’idéal démocratique dans sa présentation des textes de Thomas Jefferson ou dans sa réflexion finale sur la liberté, le droit et la culture au début des années 1940 ?

Art, Création, cognition – Claude IMBERT

Calendrier spécifique : 04/02 (DJEBAR), 18/02, 04 et 18/03, 22/04 et 27/05/27 (LANGEVIN),

03/06/27 Journée d’hommage à A.Malraux (Amphi E.Gallois)

Comme les années précédentes ce séminaire d’initiation à la recherche est libre. Mais il peut être validé dans le cadre d’un Master, du DENS et de tout autre diplôme. IL est commun au département de philosophie et au département des arts .

Le programme est articulé sur deux pôles :

D’une part il s’inspire de l’actualité des expositions, des publications françaises ou étrangères, des journées anniversaires ou d’hommages qui réactualisent tel aspect des arts visuels ou toute innovation muséographique. Cette année verra le cinquantenaire du musée d’Orsay, sur un programme unissant art et histoire, alors novateur et aujourd’hui paradigmatique (voir le Mahj ou l’institut du monde arabe) ; L’actualité y ajoute une réflexion sur art et nature via la construction du paysage, l’écologie du vivant et les développements contemporains de l’ethnographie. On y inclut le devenir de l’impressionnisme et une innovation constante dans la muséographie : une manière d’exposer accompagne une inflexion du faire voir de la part des conservateurs et commissaires d’exposition, mais aussi une autre manière, très exigeante du voir : le spectateur est mis à l’épreuve des hétérotopies muséales et celles -ci ne cessent de se multiplier. Voir le débat de l’école critique américaine entre Clément Greenberg, Rosalind Krauss et Michaël Fried, précédé en France par les travaux de G.Salles, et Benjamin, puis les productions théâtrales et télévisuelles de Beckett

D’autre part, ce séminaire tiendra sa nouveauté de par la participation de l’ENS Saclay : une série de séances seront consacrées au design, de l’objet d’usage à l’architecture, à l’urbanisme, aux cartes et aux itinéraires

Le séminaire s’achèvera par une journée commémorant Malraux et Le Musée Imaginaire. Ce livre, et les volumes qui ont suivi seront situés dans leur contexte d’après-guerre et relus quant à leur impact aujourd’hui.

Le programme des séances sera diffusé en janvier et confirmé lors de la première séance

Responsable pour l’ENS et contact : claude.imbert @ens.fr

Lectures wébériennes. Révolutions symboliques et charisme – Isabelle KALINOWSKI, Alexis FONTBONNE et Paul SLAMA

Annuel – Jeudi 10h-13h – Info 5 (Im Rataud)

Calendrier spécifique : 15/10, 12/11, 10/12/26, 14/01, 11 et 18/02, 12 et 19/03, 09 et 16/04/2027

Isabelle Kalinowski (germaniste), Alexis Fontbonne (historien médiéviste) et Paul Slama (philosophe) proposent sur l’année académique 2026-2027, en huit séances de trois heures, une formation à la sociologie historique construite durant cette année autour de la théorie du charisme et des révolutions symboliques chez Max Weber.

Isabelle Kalinowski exposera dans un premier temps la place de la notion de charisme dans la sociologie religieuse de Weber, en s’attachant à éclairer l’inscription de celle-ci dans une tradition allemande de théologie protestante « libérale », dans laquelle les modes de structuration des groupes des premiers chrétiens sont pensés comme une alternative à l’organisation hiérarchisée de l’Église romaine.

Paul Slama envisagera la notion de charisme en questionnant le rôle que jouent le porteur de charisme, la confirmation de ses dons, la reconnaissance par ses adeptes de ces dons et les motivations de ces adeptes. Il tentera de montrer comment cet idéaltype s’articule et s’oppose à la bureaucratie chez Weber, mais aussi chez Hannah Arendt puis Jürgen Habermas. Enfin il tentera de présenter les usages possibles du « charisme » en phénoménologie, notamment en montrant son rôle dans les descriptions de l’altérité et de ses pouvoirs chez Bernhard Waldenfels.

- Pour aller à l’encontre de la croyance en une spécificité occidentale et contemporaine de la forme sociale du champ, Alexis Fontbonne abordera des cas non-occidentaux et non contemporains de révolution symbolique et de constitutions de « mondes à l’envers ».

Heidegger on the Fourfold – Ondra KVAPIL

S1 – Mercredi 10h30-12h30 – Pasteur

Philosophie de la contradiction – Julien LAGALLE

S1 – Vendredi 8h30-10h30 - Résistants

Déjà dans son poème De la nature, Parménide propose une première solution à l’écart entre la pensée, où position et négation se côtoient, et l’être, dont on ne peut rien dire que lui-même. L’interdit parménidien d’une affirmation conjointe de l’être et du non-être est pourtant aussitôt transgressé, de sorte que l’on peut lire l’histoire de la philosophie comme celle de la constante reconfiguration du concept de contradiction. Cela ne doit pas nous étonner, car le fait même que nous puissions la penser n’a rien d’évident. À travers notre exploration, nous chercherons donc à déterminer si la contradiction peut être vraie, à quelle condition, et en quel sens. Le concept se déploie de ce point de vue à trois niveaux, dans l’être, la pensée et le langage, et peut recevoir un traitement distinct à chacun d’eux. Ce déploiement reflète partiellement les grandes périodes de l’histoire de ce concept, que nous suivrons à travers ce cours. Dans l’Antiquité, d’abord, la question de la contradiction suppose toujours une référence à l’être, que ce soit ce qui en signale la hiérarchie, comme chez Platon, ou en exhibe la structure comme chez Aristote. À partir de Leibniz, une scission s’installe progressivement dans le principe de non-contradiction, devenu à la fois logique et métaphysique, jusqu’à la désolidarisation des deux plans chez Kant, où il prend la forme dʼun principe analytique inepte à nous renseigner sur l’expérience. Après lui, Hegel fait au contraire de la contradiction le moteur de l’effectivité : le tabou tombe définitivement, et s’engouffrent à sa suite les pensées d’une contradiction intrinsèque au mouvement historique (Marx), simplification de la pensée en vue de la vie (Nietzsche), ou spatialisation abusive du devenir (Bergson). Nous achèverons ce parcours avec un proposition de retour à Platon à travers lʼinterprétation quʼen fait Simone Weil, pour qui la contemplation de la contradiction est lʼobjet même de la philosophie.

Bibliographie indicative :

PLATON, Œuvres complètes. Tome VIII. 1re partie, Parménide, Auguste Diès (trad.), Paris, Les Belles lettres, 1965.

ARISTOTE, Métaphysique, livre Γ, Jules Tricot (trad.), Paris, J. Vrin, 1991.

LEIBNIZ Gottfried Wilhelm, Principes de la nature et de la grâce  ; Monadologie et autres textes, 1703-1716, Christiane Frémont (éd.), Paris, Flammarion, 1996.

HEGEL Georg Wilhelm Friedrich, Science de la logique. Livre deuxième, L’essence, Bernard Bourgeois (trad.), Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 2016.

WEIL Simone, Œuvres complètes, tome VI, Cahiers, volume 3, La porte du transcendant (février 1942 – juin 1942), dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 2002, K8.

PRIEST Graham, Explorer les contradictions  : paraconsistance et dialéthéisme, Paris, Hermann, 2022.

Lecture de L’Enracinement – Julien LAGALLE

S2– Vendredi 10h30-12h30 - Résistants

Publié à titre posthume en 1949 par Albert Camus, qui lui a donné son titre, LʼEnracinement peut être lu comme le testament de Simone Weil. Rédigé dans le contexte de la France libre et de la Seconde Guerre mondiale, lʼouvrage prend acte de lʼéchec des catégories politiques modernes et entreprend de repenser les critères de la justice tout en recherchant le fondement de sa possibilité. Son intitulé original, Prélude à une déclaration des devoirs envers lʼêtre humain, le montre bien : la catégorie de droit, qui relève de la logique de la force, doit être relevée par celle dʼobligation, qui seule est la réponse inconditionnelle aux besoins matériels de lʼêtre humain. Ce nʼest en effet quʼà partir de lʼadoption de ce principe directeur quʼil sera possible, pour la philosophe, de mettre fin aux malheurs de notre époque, et au premier chef au déracinement, responsable de la fascination des hommes pour le totalitarisme et le nationalisme. Lʼhypothèse directrice du cours sera que, pour Weil, aucune refondation politique véritable nʼest possible sans une interrogation métaphysique sur le bien de lʼhomme, la structure de son désir, et la manière dont le monde le reçoit – ce qui oblige en outre à une reconsidération complète de lʼépistémologie contemporaine. Cʼest seulement à ce titre que lʼon pourra mettre au jour les conditions dʼexistence dʼune cité répondant aux exigences de la justice. Le cours consistera en une lecture suivie de lʼouvrage, irriguée par des renvois aux autres œuvres de lʼautrice : après un examen de la logique en jeu dans lʼexposé des besoins de lʼâme, nous étudierons les trois grands déracinements quʼidentifie Weil (ouvrier, paysan et national), qui la conduisent jusquʼà un des sommets spéculatifs de sa pensée. Une connaissance préalable de sa pensée nʼest pas requise, mais lʼon pourra lire, pour se familiariser avec ses thèmes de prédilection, Étude pour une déclaration des obligations envers lʼêtre humain et autres textes (Paris, Gallimard, 2021).

Bibliographie :

WEIL Simone, L’Enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain, Paris, Gallimard, 1990.

Validation 6ECTS

Liberté et valeur dans la philosophie française contemporaine – Julien LAGALLE

S2– Vendredi 10h30-12h30 - Résistants

Pourquoi, dans un monde où le déterminisme mécaniste jouit dʼune si grande puissance explicative, continuons-nous de faire lʼexpérience dʼune liberté pratique ? Pourquoi, en outre, nous paraît-elle fondatrice, comme si le sujet pouvait être le centre dʼun monde indifférent à ses valeurs ? Ce cours cherchera à répondre à ces questions dans lʼhistoire de la philosophie française contemporaine. Cʼest que la France, où ce problème a particulièrement essaimé, se distingue dʼautres traditions nationales par la manière dont la crise contemporaine des valeurs et de la liberté a été configurée. À la suite des transformations politiques, industrielles et philosophiques de la modernité, ainsi que de l’héritage critique kantien, les philosophes semblent en effet faire face à un désappariement entre lʼhomme et le monde, de sorte que les valeurs quʼil porte en lui paraissent soit arbitraires, si elles ne viennent que de lui, soit évanescentes, sʼil faut les trouver dans le monde. La pensée française, dans cette situation, traite avant tout cette crise comme un trouble dans la conception de la vie et de lʼexistence humaines, et que ce soit pour trancher en faveur dʼune fondation de la valeur par une liberté souveraine, dʼun décentrement du sujet, ou de la dissolution de celui-ci en flux plus ou moins unifiés. Le problème que nous tâcherons de résoudre reprendra donc les termes de cette crise, et peut être formulé ainsi : lʼhomme peut-il encore se penser comme sujet libre capable de poser des valeurs dans son action, ou bien doit-il se résoudre à être traversé des forces échappant au moins en partie à son contrôle ? Notre parcours nous conduira à examiner la genèse de ce problème chez Maine de Biran et Lequier, avant dʼétudier la façon dont Bergson le reconfigure à partir du concept de durée. La relance dʼune philosophie finaliste se retrouve chez des auteurs comme Ruyer, mais contraste aussi avec des approches existentialistes comme celle de Sartre. Enfin, nous nous intéresserons à la lignée spiritualiste ouverte par Lagneau, et dont Weil est lʼhéritière privilégiée.

Bibliographe indicative :

LEQUIER Jules, La recherche d’une première vérité et autres textes, André Clair (éd.), Paris, Presses universitaires de France, 1993.

LAGNEAU Jules, Célèbres leçons et fragments, Paris, Presses universitaires de France, 1950.

BERGSON Henri, Essai sur les données immédiates de la conscience, Arnaud Bouaniche, Frédéric Worms, et Presses universitaires de France (éd.), Paris, PUF, 2025.

WEIL Simone, Œuvres complètes, tome IV, Écrits de Marseille, volume 1, Philosophie, science, religion, questions politiques et sociales (1940-1942), dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 2008.

SARTRE Jean-Paul, L’Être et le Néant. Essai d’ontologie phénoménologique, Arlette Elkaïm-Sartre (éd.), Paris, Gallimard, 2016.

Articulations Philosophie Psychanalyse : antinomies de l’hospitalité – Dorothée LEGRAND

A – Jeudi 18h30-20h30 – Salle Conférence (46)

Calendrier spécifique : 24/09, 15/10, 05 et 19/11, 10/12/2026, 07 et 28/01, 25/02, 11/03, 01 et 22/04, 13/05/2027

Pour ce séminaire de recherche, nous prendrons pour canevas une lecture serrée de Jacques Derrida et Emmanuel Levinas que François-David Sebbah aura choisi de publier en annexe de « ses vies d’Afrique » (Manucius, 2025). « Antinomie de l’hospitalité » dit-il en ouvrant ce texte, où il pense ensemble, inséparablement, d’une part, les « plissures de l’invagination » de l’autre dans le même, et d’autre part, la « course folle à l’indemne ou à la pureté » par laquelle est espérée une nette distinction entre soi et l’autre (distinction opérée depuis l’irréductible nécessité d’une préservation de soi, et sa traduction en une nécessité d’expulser, voire de détruire l’autre). « L’autre dans le même » fait que le sujet est « toujours déjà fendu ou fêlé au plus intime ». Et de là oscille le balancier entre destructivité et hospitalité : « l’autre dans le même » est trauma depuis lequel s’imposera une destruction de l’autre qui tournera en autodestruction, et aussi, indissociablement, « l’autre dans le même » est folie depuis laquelle se fera entendre l’appel de l’autre qui aura si intimement suspendu ma quiétude que je ne pourrai pas ne pas lui répondre. Quel type de rythme ou de mouvement, demande F-D Sebbah, peut faire tourner cette charnière de la destructivité à l’hospitalité ? Nous poserons cette question éthico-politique en lisant Derrida et Levinas avec la psychanalyse – notamment lacanienne. Nous travaillerons en entretissant les textes les uns aux autres, tout en gardant en vue la situation concrète des mondes que nous habitons – à moins qu’ils ne soient rendus inhabitables.

Penser l’anarchisme aujourd’hui. Anarchisme social et anarchisme existentiel – Dominique LESTEL

S1 – Mardi 14h-17h – Sartre

L’un des mythes les plus forts de la philosophie politique contemporaine, c’est qu’il existerait des « bons chefs » qui pourraient se substituer au peuple et qu’il faut trouver les dispositifs qui leur donneraient un pouvoir légitime. Toute l’histoire de l’humanité dément cependant cette croyance naïve. Tous les chefs sont toxiques, il y en a seulement certains qui sont plus toxiques que d’autres et tous doivent rester sous contrôle. La pensée anarchiste assume radicalement ce constat empirique en rejetant toute forme verticale de domination et en essayant de penser des pratiques horizontales de décision. On assimile trop souvent la pensée anarchiste à quelques-uns de ses théoriciens les plus connus (Proudhon, Bakounine, Kropotkine) mais elle connait aujourd’hui un renouveau spectaculaire, s’engage dans des explorations inattendues et est confrontée à des défis conceptuels inédits. Cette année, nous nous intéresserons à la tension entre anarchisme social (refus du chef et répartition satisfaisante des richesses) et anarchisme existentiel (mépris du carriérisme asservissant et des récompenses avilissantes et recherche d’une vie digne d’être vécue). A partir de cette opposition, on se demandera aussi dans quelle mesure on peut étendre une perspective anarchiste à des agents autres-qu’humains en s’intéressant au cas très particulier des méduses.

Oser le Multiversalisme – Dominique LESTEL

S1– 4 séances de 3h et 2 journées d’étude

Le « Multiversalisme » est un mouvement transdisciplinaire émergent qui confronte la philosophie au défi de la science-fiction pour penser le monde contemporain et ses futurs potentiels. Il part du constat que le monde est désormais entré dans un espace que la science-fiction a commencé à penser de façon féconde et qui est confronté au réchauffement climatique, à l’effondrement de la biodiversité, à la découverte des exoplanètes, à l’émergence de technologies disruptives, à la surpopulation et à des élites qui s’engagent de plus en plus dans des formes inquiétantes de spéciation toxique. Une série d’exposés présentera quelques-uns des aspects de cette perspective philosophique. 

Le défi des « ontologies flottantes » en éthologie philosophique – Dominique LESTEL

S1 – Mardi 17h-20h- Sartre

L’éthologie philosophique est un domaine émergent de la philosophie contemporaine qui considère qu’une question éthique, métaphysique et politique centrale de la culture-en-devenir est d’identifier ce qui est vivant et ce qui ne l’est pas. Elle veut repenser le vivant en refusant de le réduire à des causalités métaboliques mais l’appréhende comme un « phénomène total » qui inclut des « agents troubles » comme des IA et des robots mais aussi des poupées, des marionnettes, des fétiches, des anges ou des personnages de fiction et même les mots. Une caractéristique de ces agents est d’entrer difficilement dans nos catégories ontologiques habituelles, et le séminaire va s’intéresser à la notion « d’ontologie flottante » (à la fois très proche et très différente des notions japonaises « d’aimai » 曖昧 et « d’ukyo » 浮世) pour en rendre compte et il en montrera la pertinence pour penser la robotique humanoïde et les avatars numériques.

Séminaire doctoral. L’invention philosophique aujourd’hui - Dominique LESTEL

A – Mercredi 17h30-19h30 au S1 et 4 journées d’étude au S2 (Sartre)

Le monde a explosé, la philosophie traditionnelle peine à en rendre compte de façon satisfaisante et elle doit s’inventer autrement en s’exposant aux nouvelles technologies comme l’IA, en s’ouvrant à des pensées non occidentales, en s’alliant à des artistes et à des écrivains qui développent des pensées perpendiculaires, en repensant les liens de la pensée conceptuelle et de la fiction, en développant des pratiques originales de terrain et en imaginant des lieux plus sauvages que les universités domestiquées contemporaines pour s’épanouir. Ce séminaire est destiné avant tout aux étudiants qui préparent un mémoire de mastère ou une thèse de doctorat mais les curieux sont bienvenus. Durant l’année 2026-2027, il est prévu d’avoir au séminaire des hôtes chinois, japonais et canadiens.

La démocratie entre critiques, crises et renouvellement – Jean-Claude MONOD 

S1 – Mardi 16h-18h – Langevin (29)

Ce cours - qui s’articule au programme « Études démocratiques » - s’intéressera aux réflexions philosophiques et politiques conflictuelles sur la démocratie au XXe siècle – aussi bien aux critiques de ses limites en tant que démocratie libérale, et parfois de ses principes, qu’aux défenses de la démocratie dans différentes variantes et différentes « synthèses » (avec le républicanisme, le libéralisme, le socialisme, et les figures d’une démocratie « radicale »). On approchera ces évaluations des forces et des faiblesses de la démocratie libérale comme des modèles de démocratie alternatifs qui ont été avancées, telles qu’elles ont été menées et relancées à partir de quatre expériences ou moments de crises, succédant à ou précédant des tentatives de reconstruction : la République de Weimar et sa destruction (Weber, Schmitt, Heller, Neumann), le projet néolibéral qui s’amorce dès les années 1930 et fait l’objet de diagnostics dans les années 1970 (Röpke, Hayek, Foucault), le moment « antitotalitaire » et « post-marxiste » des années 1970-1980 (Lefort, Laclau, Nancy Fraser), la crise écologique et les révisions qu’elle imposerait aux modalités de délibération et d’action démocratiques et à la question de la justice mondiale (Hans Jonas, Gorz, écoféminisme, écologie décoloniale).

Philosophie et technique : enjeux éthico-politiques du numérique – Lihi PAUL

S2 – Mercredi 18h-20h – Résistants

Notre époque se caractérise par une transformation sans précédent des conditions de la coexistence humaine. Des guerres menées par drones autonomes aux diagnostics médicaux à distance, des rencontres amoureuses orientées par des algorithmes aux convictions politiques façonnées par des systèmes de recommandation, aucune dimension de l’existence n’échappe désormais à la médiation numérique. Applications de messagerie, plateformes sociales, infrastructures algorithmiques : ces dispositifs reconfigurent les modalités de la vie commune et de l’expérience collective.

Nous regroupons ces phénomènes sous le concept de « numérique », entendu ici comme « la somme des conséquences qu’exerce sur nos sociétés la généralisation des techniques de l’informatique » (M. Doueihi, 2013). Ce terme permet de saisir la portée globale d’un phénomène qui traverse l’ensemble des registres de la vie sociale à l’échelle planétaire.

Cette nouvelle condition de connectivité numérique soulève des enjeux éthiques et politiques majeurs. En transformant les relations entre savoir et pratique, médiation et action, les technologies numériques reconfigurent également les modalités contemporaines du pouvoir. Il devient dès lors nécessaire d’interroger les rapports entre technologies informatiques, gouvernementalité et responsabilité.

Dans un premier temps, le séminaire s’appuiera sur des textes classiques de la philosophie de la technique (Martin Heidegger, Hannah Arendt, Günther Anders, Gilbert Simondon, Jacques Derrida, Bernard Stiegler) afin de problématiser les rapports entre technique, monde commun et politique. Dans un second temps, il introduira des approches contemporaines – notamment les travaux de Yuk Hui, Benjamin Bratton, Antoinette Rouvroy et Louise Amoore – proposant des outils conceptuels pour une analyse philosophique critique du numérique.

La psychanalyse existentielle sartrienne : le sens éthique des projets humains – Elizaveta PAVLENKOVA

S1 – Jeudi 18h-20h – Pasteur

Première séance le 1er octobre 2026

Dans L’Être et le Néant, Sartre écrit que le but de la psychanalyse est de déchiffrer les comportements empiriques de l’homme. Chaque comportement, chaque action est le reflet de la totalité d’une personnalité.

Tout d’abord, il convient de mettre en œuvre l’ontologie du psychique et de préciser sa place par rapport à la conscience. Ensuite, nous passerons au plan existentiel. La psychanalyse existentielle cherche à déterminer le choix originel : nous examinerons la genèse de ce concept sartrien en nous référant à Kant et à son concept de choix premier. Enfin, nous évaluerons la psychanalyse existentielle telle qu’elle est interprétée par Sartre. Selon lui, il ne s’agit nullement d’une analyse de l’inconscient.

Le psychanalyste classique — si l’on se réfère à la psychanalyse de son époque — s’attache aux traumatismes liés à une tendance jugée fondamentale : qu’il s’agisse de la tendance sexuelle chez Freud ou de la volonté de puissance chez Adler. Cette approche présuppose l’existence d’une nature humaine donnée, d’un caractère figé, agissant comme un destin ou une fatalité. À l’inverse, dans la psychanalyse telle que comprise par Sartre, le caractère n’existe pas en soi : il s’agit toujours d’un choix authentique et indépendant. Ce choix ne se situe ni au cœur de l’être humain comme une essence, ni dans un au-delà métaphysique ; il est sans cesse réitéré et soutenu par la spontanéité libre de la conscience. Il semble que cette psychanalyse existentielle soit plus précise et nuancée que la psychanalyse classique, puisqu’elle clarifie le choix fondamental : le libre choix de l’être-au-monde et de la manière d’exister.

Philosophie des sciences / Fondements analytiques - Stéphanie RUPHY

S1 – Mercredi 10h30-12h30 – Marbo (29), le 23/09 en Conférence (46) 

Ce cours introductif propose une sélection des principales problématiques en philosophie des sciences de tradition analytique. Seront abordées des questions traditionnellement au cœur de cette approche philosophique : qu’est-ce qu’une explication scientifique ? quelle est la nature d’une théorie scientifique et comment fonctionne sa confirmation par l’expérience ? les différents types d’inférence en science ; le débat réalisme – antiréalisme ; la question du réductionnisme ; le problème des modèles inconsistants en science, ou encore la question de la démarcation entre science et non science. Seront également abordés des développements portant sur des dimensions sociales et politiques de l’activité scientifique, par exemple le rôle des valeurs en science ou les différentes façons aujourd’hui de concevoir la notion de progrès en science.

Ce cours est accessible tout autant aux étudiants scientifiques que littéraires.

Jeudis de l’histoire et de la philosophie des sciences (JHPS) - Stéphanie RUPHY

S2 – Jeudi 16h-18h – Résistants

Les Jeudis de l’histoire et de la philosophie des sciences sont des conférences qui offrent aux étudiantes et étudiants littéraires et scientifiques un large panorama des recherches actuelles en histoire et philosophie des sciences, ces dernières étant entendues au sens large, de manière à aller jusqu’à la sociologie des sciences, à l’anthropologie des sciences, ou à certains aspects des sciences cognitives.

Pour chaque séance, le ou la conférencière invitée recommande un de ses articles récents, qui est posté sur le Moodle du séminaire pour que tous les participants et participantes puissent le lire à l’avance et préparer des questions.

Le programme changeant chaque année, il est possible de suivre plusieurs années ce séminaire et d’acquérir ainsi une culture en histoire et philosophie des sciences, entendue au sens large.

L’évaluation repose sur l’assiduité, la participation à la discussion et un travail écrit sur une des séances qui est remis en fin de semestre.

Épistémologie et reconfiguration métaphysique dans la philosophie islamique classique (Avicenne, Ghazālī, Suhrawardī) – Meryem SEBTI

A – Mercredi 14h-16h – Sartre

Calendrier spécifique : 30/09, 14/10, 11 et 25/11, 09/12/2026, 06 et 20/01, 03 et 17/02, 17 et 31/03, 14/04, 05 et 19/05

Le séminaire examine une transformation majeure dans l’histoire de la philosophie islamique classique, en prenant pour point de départ la théorie avicennienne de la connaissance. La philosophie d’Avicenne constitue un système d’une remarquable cohérence, dont les implications épistémologiques et métaphysiques ont profondément marqué la pensée islamique postérieure. C’est précisément à partir de ce système, et en dialogue critique avec lui, que Ghazālī puis Suhrawardī ont élaboré leurs propres philosophies. Il s’agit de retracer comment ces penseurs ont reconfiguré le rapport entre connaître et être, engageant ainsi ce que l’on a trop vite nommé le tournant mystique du XIIe siècle dans une transformation philosophique d’une tout autre ampleur.

Ce séminaire poursuit le travail entamé depuis trois ans sur la philosophie avicennienne et sa réception dans la pensée islamique classique. Les textes d’Avicenne au programme seront principalement la Métaphysique du Shifāʾ et le Traité de l’âme du Shifāʾ, deux œuvres indispensables pour saisir sa doctrine de la connaissance et de l’être. Pour Ghazālī, nous reviendrons sur le Mishkāt al-Anwār, le Kitāb ʿajāʾib al-qalb, le Kitāb al-ʿilm et Kīmiyāʾ-yi saʿādat, et nous étudierons al-Munqiḍ min al-Ḍalāl, qui permettent de suivre, dans leur diversité de registres, la reconfiguration ghazālienne du sujet connaissant. Pour Suhrawardī, les Talwīḥāt constitueront une introduction nécessaire à sa méthode, avant que l’on se concentre sur la Ḥikmat al-Ishrāq, somme de la philosophie illuminative.

Chaque séance sera consacrée à l’étude de textes choisis, lus dans leur langue originale ou en traduction, et replacés dans leur contexte doctrinal. On accordera une attention particulière aux concepts clés qui structurent ces systèmes de pensée et aux déplacements conceptuels qui permettent de mesurer l’ampleur de la transformation à l’œuvre. Ce séminaire s’adresse aux étudiants de master et de doctorat familiers de la philosophie médiévale islamique ou désireux de s’y initier.

Philosophie et socialisme – Perrine Simon-Nahum

S2– Mardi 10h30-12h30 – Résistants 

Avant d’être un courant politique le socialisme français fut une philosophie. La critique que Jaurès produit du marxisme trouve ses fondements dans sa discussion du matérialisme mais également dans la place qu’il accorde au religieux. Ce cours cherchera à mettre en évidence le caractère singulier du socialisme français qui se développe à travers son dialogue avec la tradition philosophique française. Ce que nous appelons le « socialisme philosophique » permet d’étudier une lignée de penseurs qui, de Jaurès à Blum, en passant par Fr. Rauh ou Ch. Péguy jusqu’à Simone Weil, pensent le socialisme d’abord comme une philosophie. On retrouve cette inspiration dans la construction du social présente chez Durkheim et M. Mauss, L. Lévy-Bruhl ou C. Bouglé mais aussi dans l’intérêt que portent au socialisme E. Halévy, R. Aron ou C. Rosselli comme l’un des modèles des sociétés modernes structurant les rapports entre Etat et individu.

Philosopher sur les modèles d’Intelligence Artificielle – Thomas SOUVERAIN

S1 – Jeudi 14h-16h – Conférence (46)

Pour sa deuxième année, le cours « Philosopher sur les modèles d’IA » porte toujours les mêmes ambitions : aboutir à une meilleure connaissance des modèles d’Intelligence Artificielle (IA) en tant qu’objets d’étude philosophique ; montrer que ces nouveaux objets statistiques prolongent ou renouvellent des questions philosophiques, entre sciences et techniques.

Ni technophile, ni technophobe, notre regard philosophique partira de la réalité technique des modèles d’IA, que nous resituerons dans l’histoire des idées et des machines. Après avoir brossé les spécificités de ces modèles inductifs et leur apparence de « boîte noire », nous voyagerons de l’épistémologie à l’éthique de l’IA. Des systèmes de conduite embarqués aux scores de récidive en justice, nous plongerons ainsi dans les notions de responsabilité, de biais, et dans les réductions de problèmes éthiques à des formes technico-juridiques. Nous glisserons ensuite vers les nouveautés introduites par les modèles génératifs de texte, questionnant de trop évidents monopoles humains de la parole et de l’identité. Enfin, après l’épistémologie, l’éthique et l’anthropologie, nous peindrons un espace politique remodelé par les modèles de recommandation et la survenue de « compagnons » non-humains, intermédiaires et amplificateurs du débat.

Prérequis : Les enseignements n’exigent pas de connaissances particulières en statistiques. En revanche, ils supposent une curiosité et une ouverture des étudiants quant aux nouveautés mathématiques et informatiques sans lesquelles nous ne pourrons rigoureusement parler d’IA, que nous allons donc introduire pour eux pas à pas. Dispensé en français, le cours nécessite une familiarité avec la lecture en anglais, nombre de ressources techniques et philosophiques sur l’IA étant anglophones. Pour suivre chaque séance, il sera nécessaire aux étudiants d’assurer les lectures préalables, que nous reprendrons en séance dans le détail.

Métaphysique de l’exil : le commentaire de Simplicius au Manuel d’Epictète : un testament philosophique du néoplatonisme grec – Stéphane TOULOUSE

S1 – Jeudi 16h-18h – Pasteur

Première séance le 1er octobre 2026

Simplicius est un philosophe néoplatonicien de la toute fin de l’Antiquité (VIe siècle), élève du grand métaphysicien Damascius, et connu surtout en tant que commentateur d’Aristote.

Pourtant, il a écrit un commentaire suivi au Manuel d’Épictète qui est resté longtemps ignoré des historiens de la philosophie antique. Pourquoi cet intérêt pour la philosophie stoïcienne ? A cette question s’ajoute le fait remarquable que, débordant largement l’interprétation éthique (théorique et pratique) des préceptes d’Épictète, autour de la notion stoïcienne des devoirs sociaux (kathêkonta), Simplicius livre à son lecteur des développements spéciaux sur des sujets moins attendus, tels que la question du mal, la nature des premiers principes, la providence et la justice divines, et questionne aussi la piété religieuse et le recours à la divination. On peut donc réfléchir avec Simplicius à des problèmes de métaphysique, de théodicée, et de philosophie religieuse. Que signifie ce mélange de commentaire et de digressions philosophiques spécifiques ? On peut faire l’hypothèse, avant d’entrer dans la lecture, qu’il s’agit d’un substantiel "testament académique", à portée propédeutique, du néoplatonisme finissant, quelques années après l’interdiction de l’enseignement de la philosophie à Athènes par l’Empereur chrétien Justinien (529).

Le concept de nature : débats philosophiques anciens et contemporains – Fanny VALEYRE

S1 – Lundi 14h-16h – Marbo (29), le 21/09 en Conférence (46)

Le cours se propose d’étudier sur le temps long le concept de nature. Aujourd’hui, la nature est au centre de discussions aux enjeux aussi bien théoriques que pratiques, dans le contexte du désastre écologique. Dans ce cours, il s’agit d’aborder le concept de nature en le réinscrivant dans ses histoires multiples et qui ne sont pas linéaires.

La première partie du cours sera consacrée à l’histoire du concept de nature, et en particulier au terme grec dont elle est la traduction (phúsis), depuis sa mention chez Homère jusqu’au rôle central qu’elle joue dans la philosophie, en particulier dans la physique aristotélicienne. Nous nous attacherons en particulier à examiner la cosmologie et la place du mouvement des corps célestes dans ce contexte.

Dans un second temps, le cours abordera, à la lumière de cette historicisation, les débats contemporains liés au concept de nature. En s’appuyant sur la philosophie, sur l’éthique environnementale et sur l’histoire environnementale, il s’agira de réfléchir au concept de nature vis-à-vis des notions d’environnement et de milieu. Nous réfléchirons également, à partir notamment de la question du rapport entre espace extra-atmosphérique et nature, à l’articulation entre conceptions de la nature et conceptions de l’écologie, et à la question de la pollution, y compris la pollution dite spatiale.

Une importance particulière sera donnée à la plurivocité du terme de nature, à l’histoire de ses traductions, aux partages qui ont pu être opérés entre la nature et ce qui n’est pas elle (ainsi de la technique, de la culture, de la société, de l’histoire), et enfin, à l’articulation souvent souterraine qui se joue entre fait et norme dans ce concept, à la jonction de savoirs et de pouvoirs.

Ce cours est accessible tout autant aux étudiants scientifiques que littéraires.

La nature et ses doubles – Giulia VALPIONE

S1 – Mardi 10h30-12h30 – Marbo (29)

Dans le débat actuel, certains philosophes de l’écologie et du politique estiment que le concept de nature doit être abandonné. Pour certains, le terme « nature » impliquerait une séparation entre l’humain et le non-humain qui ne serait plus tenable, tandis que pour d’autres, il désignerait une donnée absolue, opposée aux transformations de l’histoire. Le concept de « nature » est actuellement remplacé par d’autres concepts qui semblent plus appropriés, comme ceux de « monde » ou de « global ». L’objectif de ce déplacement conceptuel est de proposer des notions qui surmontent les problèmes inhérents à la notion de « nature ».

Nous verrons dans ce séminaire comment ces transformations conceptuelles étaient déjà visibles dans la philosophie allemande de la fin du XVIII^e et du début du XIX^e siècle. Nous procéderons à une cartographie des différentes significations du terme « nature » chez Kant, Fichte, Schelling et Feuerbach, et examinerons la manière dont ces significations s’articulent avec d’autres concepts tels que ceux d’Erde (terre) chez Kant, Karoline von Günderrode et Alexander von Humboldt, d’Universum (univers) chez Schleiermacher, et de Welt (monde) chez Kant. Dans la dernière partie, nous examinerons si les critiques formulées par des penseurs contemporains (Steven Vogel, Timothy Morton et Bill McKibben) à l’encontre du concept de nature sont justifiées, et si le glissement vers les concepts de terre, de monde et de globe proposé par d’autres (notamment Chakrabarty s’inspirant d’Hannah Arendt) est comparable aux significations données à ces termes par les philosophes allemands présentés dans la première partie.C

Le séminaire est en français ; les validations écrites peuvent être en anglais.

Écologie politique et liberté – Giulia VALPIONE

S2 – Mardi 10h30-12h30 – Marbo (29)

Le concept moderne de liberté est souvent critiqué par les spécialistes des sciences politiques et les philosophes de l’écologie, qui le considèrent comme l’une des causes de la crise écologique. Dans ce séminaire, nous analyserons d’abord le défi philosophique représenté par l’écologie politique. Dans cette séance la proposition de Robyn Eckerseley d’un « green state » sera comparée à l’écologie politique de Bruno Latour. Après nous discuterons, à travers les philosophies de Hobbes, Kant et Marx, les caractéristiques du concept moderne de liberté et ses implications sur notre rapport à la nature. Nous examinerons ensuite les propositions visant à repenser le concept de liberté de manière plus attentive à l’écologie, depuis l’idée d’agency (proposée en particulier par Jane Bennett) aux droits de la nature, en passant par la liberté dans la perspective de l’écoféminisme, et la liberté comprise comme liberté civile.

Le séminaire est en français ; les validations écrites peuvent être en anglais.

La philosophie contemporaine de la vie (du XIX° siècle à aujourd’hui) – Frédéric WORMS

S1 – Mercredi 18h-18h30 - Résistants

La question de la vie est revenue aujourd’hui au centre de toutes les préoccupations. Elle se pose d’une manière nouvelle qui cependant s’appuie sur une histoire, qui est éclairée par cette histoire, mais que le moment présent éclaire en retour, en particulier en remontant au début du XIX° siècle. Le but de ce cours est donc de traiter de la philosophie contemporaine de la vie, à la fois au sens des problèmes de notre moment, et de l’histoire qui y conduit, que l’on fera commencer en 1802.

Le cours prendra en effet comme point de départ et pour ainsi dire comme plaque tournante la philosophie de Georges Canguilhem, qui fait elle-même l’objet de plus d’une relecture aujourd’hui, et qui remonte à la publication en 1802 des Recherches sur la vie et la mort, de Bichat, comme à un moment critique. Il comprendra donc quatre temps :

-une introduction partant du moment présent, d’une hypothèse théorique générale, et d’une première lecture de Canguilhem (Le normal et le pathologique, 1943) et de sa réception aujourd’hui ;

-un retour sur la philosophie de la vie de Bichat à Canguilhem, en passant notamment par Hegel, Schopenhauer et Nietzsche, mais aussi Darwin et Bergson ;

-un parcours conduisant de Canguilhem à la philosophie la plus contemporaine de la vie, en France notamment, de Foucault et Ricoeur à Derrida et Deleuze dont les derniers cours publiés de ceux-ci (respectivement : La vie la mort, Seuil, et Sur les lignes de vie, Minuit) ; -enfin un retour aux questions contemporaines, de la biologie à la bioéthique et les horizons écologiques et politiques. Certaines des séances du cours verront des exposés invités, aussi bien de doctorantes et doctorants travaillant sur ce sujet que de spécialistes de ces sujets. Une journée d’études est elle-même à l’étude, en janvier 2027, pour compléter ce cours.